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Nous y voila ! La raison d'etre de ce voyage était d'aller voir les chutes du Niagara, et c'est le programme de notre journée. Bonne nouvelle : il a l'air de vouloir faire relativement beau. Pas de pluie, et des coins de ciel bleu. Ca s'annonce beaucoup mieux que pour ma premiere visite des Niagara Falls placée sous le signe de la glace et de la neige.
Hier soir au restaurant j'ai entendu la serveuse demander a plusieurs tables (avant de demander a la notre) : "are you here for the marathon ?". Marathon ? Comment ca, marathon ? Non non ! Je crois que je suis atteint de marathonoïa : c'est une paranoïa caractérisée par l'apparition de marathons partout où le sujet se déplace. Mais oui enfin, combien de fois ça m'est arrivé ? Je vais a Fargo, PAF ! Marathon. Je vais a Burlington, PAF ! Marathon. Et maintenant Toronto, PAF ! Marathon ? Je ne vois que trois possibilités :
- soit c'est ma marathonoïa qui a atteint un degré sévere, et ces marathons n'existent que dans ma tete
- soit, dans chaque ville du continent nord-americain, chaque week-end, il se court un marathon
- soit c'est le hasard et je viens juste de trouver une excuse pour pondre un paragraphe sans queue ni tete
Comme un homme averti en vaut deux et que ma voiture est assez grande pour accueillir un troisieme passager j'ai étudié hier soir la carte du marathon dans Toronto pour éviter les rues ou la circulation est coupée ce matin. Cela nous permet de partir presque sans difficulté de Toronto, et de nous retrouver sur l'autoroute aérienne (Gardiner Expressway) d'ou nous admirons une marée humaine courir sur les boulevards paralleles au lac. Courir un marathon... mais quelle idée. Ca n'est pas pres de m'arriver ! Ou alors ?
Il y a environ une heure et quart de route jusqu'a Niagara Falls - la ville - coté canadien. Nous longeons la rive du lac Ontario d'abord vers le sud-ouest puis vers l'est sur la QEW (Queen Elizabeth Way). Il y a une curiosité sur ce trajet : un bateau a l'abandon qui ressemble a un bateau a voiles mais rouillé (donc pas en bois !?). Heureusement google sait tout et me raconte l'histoire de la Grande Hermine. Epatant !
Les cinq minutes de géographie : Niagara Falls (les chutes du Niagara) sont des chutes sur la Niagara River, une riviere qui relie le lac Erie (au sud) et le lac Ontario (au nord). La Niagara River sert de frontiere sur toute sa longueur entre le Canada (a l'ouest) et les US (a l'est). De part et d'autre des chutes se trouvent deux villes : Niagara Falls, dans l'Ontario/Canada, et... Niagara Falls, dans l'état de New York/USA.
Le "meilleur" côté pour admirer les chutes est le côté canadien car on leur fait face. Côté americain on est justement a côté des chutes, et les ricains ont du construire une tour a l'écart de la falaise pour s'en éloigner un peu et admirer depuis une passerelle les chutes avec un minimum de recul.
C'est parti pour les chutes ! Apres avoir payé $15 de parking...
en arrivant aux Horseshoe Falls, côté canadien
Rainbow bridge et American Falls
un bateau-douche, pour admirer les chutes d'en-bas
Il existe deux compagnies de bateaux pour s'approcher des chutes par voie aquatique : Maid of the Mist (la demoiselle de la brume) côté americain et Hornblower Cruises (le sonneur de corne) côté canadien. Les deux compagnies operent chacune deux bateaux qui font un sympathique petit ballet tres régulier. Les americains sont en bleu (couleur des ponchos de plastique qui protegent les touristes), les canadiens en rouge. Un bateau rouge se balade au plus pres des chutes pendant que l'autre bateau rouge charge-décharge ses passagers au quai canadien. Pendant ce temps un bateau bleu retourne au quai americain pendant que l'autre bateau bleu quitte ledit quai pour se rapprocher des chutes. Quand le bateau rouge a fini de se faire rincer, tout se décale d'un quart, un bateau bleu vient prendre sa douche, le bateau rouge retourne au quai canadien pendant que son camarade s'éloigne du quai pour commencer son court trajet vers les chutes, etc etc.
Nous marchons le long de la falaise côté canadien vers le nord et le Rainbow Bridge, un pont routier et piéton controlé par des postes frontiere a ses deux extrémités. Passer a pied du côté americain serait l'occasion d'une bonne petite balade sous une météo cooperative : allons-y ! Sur l'autre rive de la Niagara River les American Falls nous font face (photo ci-dessus). Nous sommes interrompus dans notre marche tous les vingt metres, a la demande de touristes de toutes origines qui veulent etre pris en photo par nos soins. On doit avoir des bonnes tetes de bons photographes :-) Euh...
le site des chutes depuis le Rainbow Bridge
Sur la photo ci-dessus, de gauche a droite :
- la Observation Tower côté americain avec sa passerelle
- les American Falls
- les Horseshoe Falls
- la rive canadienne avec hotels-gratte-ciel et tours d'observation
A noter : la traversée du pont de l'arc-en-ciel, meme en piéton, est payante, 50 cents dans chaque sens. Nous utilisons nos quarters et nous allons badauder tranquillement sur le pont en regardant les gens faire la queue dans leurs voitures, hi hi hi. Tres peu d'attente au controle d'identité pour les piétons a l'heure ou nous passons mais c'est sans doute variable.
Une fois du côté americain nous nous approchons des American Falls. Sans payer on peut uniquement les voir "de côté", ce qui explique pourquoi le côté canadien est mieux pour admirer les chutes.
au plus pres des American Falls
Nous jetons un coup d'oeil aux tarifs sur un panneau de la cahute d'acces a l'Observation Tower. Je suis choqué : $1. UN dollar ? Quoi ? Je m'attendais a un prix indecent comme $15, mais c'est seulement $1. Nous payons avec joie pour aller faire un tour sur la passerelle qui mene a l'Observation Tower. En fait cette tour contient les ascenseurs qui donnent acces au quai du Maid of the Mist.
un peu de recul sur les American Falls depuis Observation Tower
vue sur le Rainbow Bridge depuis les US
Nous allons déjeuner dans le "food court" de l'affreux piege a touristes qu'est le "Niagara Falls Welcome Center", un batiment cubique et fatigué a la propreté douteuse, contenant des magasins de "souvenirs" et des fast-foods de tous les horizons (sauf americain ??), et qui n'est pas un welcome center. Ceci clot magistralement notre séjour de moins de deux heures chez l'oncle Sam et nous retournons chez nos amis canadiens - non sans avoir servi de photographes pour trois touristes de plus.
Une foule dense continue a se presser aux alentours du Visitor Center canadien et les appareils-photos se déchainent en folie. Allez, encore quelques photos avant de partir...
une Maid of ze Mist dans les embruns
au-revoir Niagara Falls !
Apres notre visite des chutes du Niagara nous partons en voiture vers le nord explorer la region, en suivant la riviere Niagara. Bien qu'elles soient les plus connues, les chutes ne sont pas la seule attraction touristique sur la riviere. Il y a par exemple la (le ?) Niagara Whirlpool, qu'il est possible de voir d'en-haut ou d'en-bas.
ces oiseaux sont-ils americains ou canadiens ?
En continuant vers le nord nous nous retrouvons devant un imposant barrage côté americain. Il fait partie du Niagara Power Plant, un ensemble de deux barrages qui fonctionnent avec de l'eau détournée de la Niagara River. Les canadiens font pareil et nous ne voyons pas leur barrage car nous sommes... dessus.
le barrage americain, ou l'eau détournée en amont de la Niagara River se rejette dedans
En preparant ce voyage j'avais noté l'existence du Old Fort Niagara, côté americain, qui m'interessait beaucoup. Nous avons cependant renoncé a passer la frontiere en voiture aujourd'hui, mais ca n'est pas un probleme : qui dit riviere-frontiere et fort sur une rive dit fort sur l'autre rive ! Chic, a nous la visite du Fort George, un National Historic Site canadien.
Le fort fut construit a la toute fin du 18eme siecle par les Britons pour défendre localement leur colonie (le Canada) contre leur colonie perdue (les Etats-Unis). Pendant la guerre de 1812 entre Grande-Bretagne et Etats-Unis, Fort George et Fort Niagara, a portée de canon malgré le cours d'eau qui les séparait, s'arroserent copieusement a coups d'artillerie. Apres une bataille Fort George fut controlé pendant quelques mois par les americains, qui l'abandonnerent en décembre 1813 non sans commettre sur des civils canadiens quelques exactions unanimement condamnées par les britanniques-canadiens. Qui s'empresserent d'appliquer le meme mode opératoire apres la prise de Fort Niagara côté US sur des civils americain. Enfin ca c'est wikipedia qui le dit, bizarrement mon petit fascicule informatif canadien ne le mentionne pas. Peu importe qui a commencé ou qui a fait pire, la cruauté (et la stupidité) humaine ne connait pas de frontiere.
Apres etre resté en ruines pendant plus d'un siecle le fort fut restauré a son apparence pré-1813 et ouvert au public en 1950. J'aime bien visiter les vieux forts restaurés.
la guérite a l'entrée du fort. Pas grands ces soldats de 1813
Il ne s'agit pas d'un fort comme on a l'habitude de voir en Europe : point de pierre, que du bois, encore du bois, toujours du bois !
Dans les différents batiments se trouvent des acteurs en habits d'époque, qui expliquent aux visiteurs leurs 'roles' dans le fonctionnement du fort. Les americains aiment beaucoup ca. Ah zut, on est au Canada. Bref, ils appellent ca du "reenactement", reconstitution historique. Moi je n'aime pas trop qu'on vienne me parler comme ca :-) Je crois que nos reenacters s'ennuient en cette fin d'apres-midi, et nous avons a peine passé la porte qu'ils nous sautent dessus et commencent a débiter sans pause leurs récits. J'essaie de suivre et de traduire quelques phrases pour Maman. Des fois nous avons de la chance et l'acteur parle francais-quebecois.
une exception dans ce monde de bois : la poudriere
Les explications ne sont pas tres claires mais il semblerait que la poudriere, ce batiment en pierre protégé par des gros remblais de terre, ait survécu aux siecles et aux bombardements de 1812-13, et date de 1796.
fortin d'observation, relié au fort par un tunnel
et d'ou l'on peut surveiller la rive americaine de l'autre côté de la Niagara River
Maman a vu les chutes du Niagara, j'ai visité un vieux fort, nous sommes contents de notre journée. Nous entamons la route du retour dans la campagne niagarienne. Pour aller rattraper l'autoroute nous prenons des routes buissonnieres en longeant le canal Welland. Ce canal aux huit écluses permet aux cargos et autres bateaux de commerce de passer du lac Erie au lac Ontario en évitant les chutes du Niagara, assez peu navigables... Ces écluses soutiennent tout un écosysteme touristique et économique : on peut voir des appartements a la location avec des grandes pancartes sur leurs balcons "vue imprenable sur les écluses". Pourquoi pas apres tout ? J'en connais qui songent a faire le tour du monde sur des bateaux-cargo.
Nous rentrons a Toronto. Je suis déçu : pas de bouchons du dimanche soir meme si la circulation est tres dense sur la QEW. Pour le diner nous nous faisons rabattre dans un restaurant tout a fait acceptable. En attendant nos plats Maman note ses souvenirs du jour dans son petit carnet... tandis que je mets un mois a publier cet article :-) A demain !
Bilan du jour : tout de meme 197.2 miles (317.3 km) parcourus aujourd'hui, pour un total de 910.5 miles (1465 km) depuis notre départ de Waltham.
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