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Je vais passer la journée à Philadelphie, ville historique des Etats-Unis d'Amérique à n'en point douter. Cependant comme je veux éviter les bouchons, dont j'ai eu un avant-gout hier pour atteindre mon hotel, je me rabats aujourd'hui sur des musées à distance raisonnable de mon hotel.
Le premier est le Simeone Foundation Automotive Museum. Créé en 2008 par un neurochirurgien collectionneur de voitures, cet établissement a déjà eu le temps d'etre désigné "Museum of the Year" en 2011 et 2017 d'apres mon dépliant. Mais par qui exactement ? Je ne sais point. Je m'acquitte du cout d'accès ($15) et je me lance dans la visite d'un immense hangar abritant des dizaines (centaines ?) de véhicules automobiles. J'ai rapidement la tete qui tourne. Vite, vite ! Tout prendre en photo, et vous farcir la tete avec des tonnes de détails ! Ou alors, quelques morceaux choisis, avec mes commentaires bien inspirés.
ceci n'est que la premiere allée du musée
1907 Renault Racing Roadster
Je suis déçu que cette voiture n'ait pas son propre article sur wikipedia, mais elle y est tout de meme en photo.
une automobile à vapeur de la marque Stanley, 1908
une American Underslung de 1909, moteur de 9.34 litres et 60 chevaux
effrayant : une voiture (1922 Paige Daytona) vantée pour atteindre 100 mph (160 km/h), avec un troisieme siège à l'extérieur de la carrosserie
vue sur le compresseur du moteur de 4.5 litres et 182 chevaux d'une Bentley de 1931
une pub en français (1937 ?)
Peugeot "Darl'mat" Le Mans de 1938
Je n'en avais jamais entendu parler, heureusement wikipedia sait tout : il s'agit d'un produit d'Emile Darl'mat, carrossier français au nom breton.
Mercedes-Benz 300SL de 1955, aux portes "papillon" hélas non ouvertes
épatant : un moteur + embrayage + boite de vitesses + différentiel à coeur ouvert
quelle est cette chose !? Une Plymouth Superbird (1970)
Porsche 917, qui finit deuxieme aux 24 heures du Mans en 1970
deux dragsters, cette photo n'est pas compressée hi hi hi
une derniere pour la route
Cette chose, répondant au doux nom de "Shady Glenn", est une "Funny Car" ("voiture marrante", pas d'article en français désolé), une catégorie spécifique de dragster. Cet exemplaire, qui roule au nitromethane (tres marrant), développe 2000 chevaux (tres, tres marrant).
Apres avoir vu beaucoup (trop ?) de voitures en un peu plus d'une heure, je sature. Je résiste à l'envie de m'acheter un souvenir au Simeone Foundation Automotive Museum, et je prends ma voiture de loc', une Volvo S60 elle-meme assez marrante, pour aller manger un sandwich dans Philadelphie. Ah... je n'ai pas pu m'empecher de me taper un petit coup de bouchons en ville !
un vieil immeuble résiste, coincée entre deux immeubles modernes au 3933, Walnut St
Au programme cet apres-midi : American Swedish Historical Museum, fondé en 1926. J'en apprends plus sur la colonie de Nouvelle-Suede (Nya Sverige), qui exista entre 1638 et 1655 sur les rives du Delaware sous le regne de la reine Christine de Suede.
En 1643 Johan Printz, gouverneur de Nouvelle-Suede de 1642 à 1653, installa sa "capitale" au fort Nya Göteborg, sur Tinicum Island. L'ile fait partie de nos jours de Tinicum Township, un petit village qui jouxte Philadelphie. En regardant une carte on peine à comprendre où pouvait se trouver une ile tant l'urbanisation a modifié les lieux. Entre l'aéroport de Philadelphie, l'interstate 95, des parkings, et les habitations de Tinicum Township justement, difficile d'imaginer qu'en 1643 tout ceci était un chapelet de petites iles en bordure de la Delaware River, à l'embouchure de Darby Creek (creek = ruisseau) et de ses affluents. Une carte dans le musée indiquant les dénominations de la tribu locale des Lenapes appelle l'ile Tennakonk, Darby Creek étant Muckraton ou Karakung, et le fleuve Delaware étant Makerisk-kitton. Le Swedish Historical Museum ne se trouve pas sur Tinicus Island mais en est tres proche : seuls l'aéroport et la Schuylkill River le séparent de l'ile.
American Swedish Historical Museum
La Nouvelle-Suede eut du mal à prosperer. Entre 1637 et 1656 douze expéditions d'approvisionnement (dont dix seulement arriverent à destination) traverserent l'Atlantique entre "vieille" et Nouvelle-Suede, l'avant-derniere en 1654 arrivant trop tard pour sauver la colonie. Menacée à partir de 1651 par l'influence de la Nouvelle-Néerlande et son gouverneur Pieter Stuyvesant (dont j'ignore encore s'il fumait ses propres cigarettes), et par des tensions internes, la colonie passa sous le controle de la Nouvelle-Néerlande en 1655 tout en gardant une certaine autonomie. Apres plusieurs guerres anglo-néerlandaises, la Nouvelle-Suede passa pour de bon sous le controle des Britanniques et perdit toute autonomie en 1683.
Qui étaient les colons de Nouvelle-Suede ? Sans surprise, des Suédois, emigrés de force quand les volontaires se faisaient rares. Et lorsque meme les Suédois ne suffisaient plus, des Finnois capturés pour deforestation illégale se retrouvaient en partance pour la Nouvelle-Suede. Au milieu de tout ça on entend parler de Peter Minuit, un Wallon (?) connu pour avoir acheté pour une poignée de fifrelins l'ile de Manhattan en 1626 aux Lénapes au nom de la Compagnie néerlandaise des Indes occidentales, se faire embaucher comme capitaine de la premiere expédition suédoise en 1637-1638 à bord du Kalmar Nyckel.
Vous etes perdues ? Moi aussi. C'était la mondialisation avant l'heure. Ou plutot, la mondialisation a toujours existé.
Des siecles plus tard, il est estimé que 1.5 millions de Suédois emigrerent entre 1821 et 1930, la majorité à destination des Etats-Unis. Les statistiques sont fascinantes. D'apres les chiffres de Statistikmyndigheten, voici les données pour l'année record d'émigration - 1887 :
- population : 4 734 901
- naissances : 140 169
- deces : 76 227
- immigrants : 4 642
- emigrants : 50 786
L'emigration représente 80% de l'accroissement naturel de la population !
une (la ?) piece maitresse du musée : une immense carte murale de la Suede en 1638, peinte sur des feuilles de bronze
La carte elle-meme date de 1938.
maquette du Kalmar Nyckel
le grand escalier du musée
la peinture au plafond au-dessus de l'escalier
Cette peinture de 1928, censée montrer l'arrivée des premiers colons suédois débarquant du Kalmar Nyckel, est aujourd'hui décrite comme grandement idéalisée et inexacte, représentant les Lénapes de façon raciste. C'est-à-dire, en quelques mots, adoptant l'approche : homme blanc = civilisé & raffiné, autochtones = rustres sauvages. Ce qui reflète peu la réalité des premieres colonies d'Européens en Amérique au 16eme et 17eme siecle.
une vieille pendule - j'adore
curiosité du musée : un présentoir de boites de bonbons (non datées)
Je cite : "les bonbons suédois sont plus populaires que jamais de nos jours [date non indiquée]. Le citoyen suédois consomme en moyenne 35 livres [16 kg] de bonbons par an - presque 4.5 fois plus que les Américains !" Mon dentiste m'interdit la consommation de plus de 35 grammes de bonbons par an 😫. Je continue : "le bonbon dans la culture suédoise est plus qu'une douce gaterie. Il reflete l'accent de la Suede sur la solidarité, l'équilibre, et la célébration des petits plaisirs de la vie". Hein ? Je ne suis tout d'un coup plus tres sur de lire les explications d'un musée suédois, ou le message commercial d'une compagnie américaine (de bonbons). Un voyage en Suede s'impose pour creuser le sujet. Je visite une salle à l'ode de John Ericsson, ingénieur suédois et "génie oublié" (d'apres le musée), concepteur du premier bateau à propulsion par hélice aux Etats-Unis.
Aux antipodes de cette visite culturelle qui m'a ravi (en passant : j'étais le seul visiteur du musée), j'acheve ma journée avec une immersion intégrale dans un haut lieu de la culture états-unienne contemporaine : un stade. Football, basketball, baseball, peu importe. Ce soir je vais voir du hockey. Une foule turbulente, parfois alcoolisée, à forte teneur en graisse et en plastique, bruyante jusqu'à l'abrutissement, clame devant une patinoire de 1600 metres carrés alors que la temperature extérieure avoisine les vingt-sept degrés Celsius. Je perds quelques pourcents d'audition tant la sono est forte. Lorsque l'équipe à domicile marque, les trépignements font trembler les gradins. Lorsque l'équipe adverse marque, deux options : silence (relatif), ou braillements menaçants contre l'équipe locale (oui oui, locale, pas adverse !), qui doit craindre pour sa vie certains soirs - pour référence : recherche internet (en anglais) pointant vers des articles sur des sportifs recevant des menaces de mort de la part de parieurs. Civilisation ? Evolution ? Décadence ? Je me pose beaucoup de questions.
ce soir les Philadelphia Flyers ont perdu contre les Washington Capitals, woops
Ceci marque la fin de mon voyage. Le lendemain je prends l'avion pour rentrer à Boston, apres un sympathique road-trip de 668 miles (1075 km) en Pennsylvanie.