article precedent 7/13
Samedi matin, comme de coutume je me reveille a 6h15. Le monde appartient a ceux qui se levent tot parait-il, je ne vais pas laisser passer ma chance. J'ai une patate d'enfer, et j'aborde dans les meilleures dispositions ce qui devrait etre ma meilleure etape du road-trip. J'ai devant moi 135 miles de petites routes de campagne pour aller de Burlington jusqu'a Springfield, la capitale de l'Illinois (qui a dit Chicago ?).

pour cette nuit, mon hotel donnait sur des entrepots. C'est sage un entrepot, ca ne ronfle pas fort la nuit
A 6h45 du matin, il n'y a pas foule devant le PC du "business center" de mon hotel dans la banlieue de Burlington, Iowa. J'en profite pour jeter un coup d'oeil a mes e-mails et etudier la carte sur maps.google. Je note sur un petit bout de papier mon trajet : suivre telle route, tourner a droite, suivre telle route, tourner a gauche, etc. J'entends un des nombreux lecteurs de mon blog commenter : "et le GPS ?". Ben, le GPS, c'est un peu gonflant. Ca gache le plaisir de la conduite, ca attire l'attention. Ca a tendance a rendre le conducteur obnubilé par ce petit ecran scintillant et coloré, avec toutes sortes d'indications superfetatoires. Par exemple, le mien indique (en plus du tachymetre de la voiture) ma vitesse en temps reelle, ainsi que la vitesse limite de la route sur laquelle je me trouve. C'est pas mal fait, et ca pourrait etre un avantage. Ouaip, un avantage, si je m'en servais. Mais je prefere garder l'utilisation du GPS pour les trajets en ville, quand je cherche a aller au Mac Do le plus proche depuis un capitole
. Pour le reste les panneaux le long de la route, ma carte papier, et mon grand sens de l'orientation (oh ?) suffiront.

allez viens Ford Fiesta, on y va !
Je mets le contact a 7h45, et m'en vais rejoindre la US-34 vers l'est pour traverser le Mississippi. J'ai retravaillé plusieurs fois mon planning, et cette heure de depart precoce me donne entre 45 et 75 minutes d'avance. Bien bien bien... Vous pouvez suivre mon trajet sur la carte.

to Illinois, j'y vais !

le pont sur le Mississippi, frontiere entre Iowa et Illinois

welcome to Illinois, the land of Lincoln
Le Lincoln dont il s'agit, ce n'est pas la capitale du Nebraska, mais Abraham Lincoln ou Abe Lincoln, dont je vais me retrouver les oreilles farcies une fois a Springfield. Nous en saurons plus une fois la-bas, mais j'espere que vous vous souvenez tout de meme que Lincoln est le president qui gouverna les US pendant la guerre de secession, sur fond d'esclavagisme.
Pour l'instant je roule dans la campagne paisible de l'Illinois, qui ressemble en tout point a celle de l'Iowa.


dans l'Illinois

Lomax, 500 habitants, dument documentés par wikipedia
Apres avoir suivi une route dont le nom n'apparait meme pas sur ma carte, je tourne sur la route 96 a Lomax, pour rouler vers l'est jusqu'a l'embranchement avec la route 94.

samedi matin, 8 heures, dans l'Illinois

la poesie continue : je me dirige vers La Harpe et Carthage

une magnifique ruine a Terre Haute, IL

en route pour La Harpe, dont le nom remonte d'apres wikipedia a un explorateur francais du 18e siecle


La Harpe, un samedi matin tot, est plutot calme
D'apres mon ami wikipedia, La Harpe compte parmi ses batiments le seul du comté Hancock a s'enorgueillir de 3 etages. Je m'etrangle a moitié de n'avoir pas photographié cette supreme rareté, et j'espere que vous me pardonnez de passer ainsi a cote d'un 'ze most'.
Apres La Harpe, je continue sur la route 9 vers l'est jusqu'aux environs de Good Hope, ou je tourne a droite pour me diriger vers le sud sur la US-67, pour arriver a Macomb.

entre La Harpe et Macomb
J'ai deja pu le constater hier, et je le confirme aujourd'hui : une grande effervescence regne en ce moment dans le monde agricole. En tant qu'informaticien aux doigts carrés, je ne connais rien aux choses de la terre, mais je suppute fortement que nous soyons en periode de semailles. Sauf que, nous sommes aux US. Loin de l'image de la semeuse de notre enfance, il faut plutot imaginer d'enormes tracteurs aux roues jumelées, portant sur leur dos d'immenses charrues, aux ailes repliées pour s'accommoder a la circulation sur route ouverte. J'en ai croisés et depassés plus d'un, ce qui m'a laisse reveur.

un specimen decrit ci-dessus
A Macomb je m'arrete dans ce qui s'avere etre une authentique gare ferroviaire sur le reseau d'Amtrak. Peu de choix de destinations cependant sur la ligne qui deroule son ruban d'acier devant mes yeux (c'est poetique, hein ?) : ca sera Chicago, ou rien. La gare de Macomb sert aussi de Visitor Center, et la nana presente ce samedi matin a 9h00 n'a pas raté sa journee : elle a l'honneur de remettre en main propre une carte routiere de l'Illinois a un authentique francais. Ce qu'elle ignore bien entendu, me prenant probablement pour un allemand. Ou, pour un quebecois.
Si vous vous souvenez bien, nous avons croisé hier Agency, dans l'Iowa. Ce matin, je traverse Industry dans l'Illinois, sa soeur jumelle (je suppose) sur la US-67 en direction du sud apres Macomb. Je ris, je ris, certes, mais plus serieusement, quand je fonderai une ville, vous pouvez etre certains que je l'appellerai Planifika ou mieux, Metallica.

entre Industry et Rushville, dans l'Illinois
L'etat de l'Illinois est traversé par une riviere a point nommée Illinois River (se jetant dans le Mississippi a Grafton, IL). Je franchis l'Illinois River en arrivant a Beardstown.

sur l'Illinois River a Beardstown, Illinois

Boulevard road, Beardstown, Illinois
Je sais, je suis moqueur. Mais quand meme, appeler une rue 'boulevard' ? Quand je croise ca avec les habitudes des espagnols, friands de Rio Grande et de Santa Fe, j'imagine mon adresse en francais :
ZPP
3500 rue de la Route du Boulevard de l'Avenue
12345 Nouvelle Ville sur le Grand Fleuve de la Sainte Foi des Grandes Montagnes
Le Grand Pays

entre Beardstown et Virginia
Alors que je roule paisiblement entre Beardstown et Springfield, dans les environs de Philadelphia, se produit un evenement inopiné, et qui consiste pour le blog de ZPP en un 'ze first'. Je roule, je roule, suivant ma route maintenant vers le sud-est, quand soudain, tel le lion se jetant d'un bond sur sa proie dans la savane, je l'apercois dans mon retroviseur central. Il y a dix secondes je revassais tranquillement a propos des plantations de maïs dans le Kentucky, quand subitement, l'apparition ! Dans ce miroir rectangulaire de quelques centimetres carrés, je reconnais la patte si particuliere d'une voiture de flic. "Tiens tiens", me dis-je, "c'est pourtant calme ici. Que cherche-t-il ?". Naïf ZPP... je ralentis un peu, pour m'attirer les bonnes graces de ce representant de l'autorité. Lorsque je le vois se mettre a actionner les innombrables loupiottes qui ornent son vehicule, je grimpe d'un cran dans mes reflexions. "Il est probablement a la poursuite d'un dangereux bandit, il est temps de le laisser passer". Je ralentis un peu plus et commence a rouler sur le bas-cote.
Fait indeniablement surprenant : la voiture de l'officier de police continue a me suivre. Or, apres quatre ans passées aux Etats-Unis, il faudrait etre idiot pour ne pas comprendre qu'un flic qui se gare derriere vous sur le bas-cote de la route a quelque chose a vous reprocher. Fichtre, diantre, serais-je en train d'etre 'arreté' pour la premiere fois ! D'etre 'pulled over' (comme on dit en ricain !) "for ze first time" ? Si fait, si fait, mes amis. ZPP n'en mene pas large. C'est le moment de se souvenir du guide des Castors Juniors "que faire en cas de pull-over". Et bien, premiere chose, ne pas enlever son pull-over. Non. Rester calme. Voire, si il n'est pas possible de rester calme, du moins bouger le moins possible. J'ote mes lunettes de soleil pour eviter d'etre confondu avec Tom Cruise, baisse ma vitre, et pose mes mains sur le volant. Deglutition difficile. Dans le retroviseur lateral, mon sheriff approche.
"Good morning sir". Je bafouille quelque chose en reponse. L'officier continue : "I metered you at XX miles per hour on a 55 miles per hour section" [remplacez le XX par le nombre qu'il vous plaira superieur a 55]. Apres avoir vaguement esperé pendant quelques secondes que mon interception serait benigne au point d'etre due a un non-eclairage de loupiotte ou defaut de plaque, je prends conscience comme une grosse baffe en pleine face que je viens de commettre un exces de vitesse. Je bafouille, je marmonne, et je m'ecroule lamentablement dans le siege en tissu de ma Ford Fiesta.
Pendant que je me liquefie, l'officier reste calme : "Can I see your driving license ?". Je farfouille comme un excité dans mon sac pour en extraire febrilement mon portefeuille, et en extirper avec des doigts glissants mon permis de conduire du Massachusetts. Pas mal de sites (dont celui de Belle Plaine) conseillent d'annoncer a haute voix ce que vous allez faire pour ne pas stresser inutilement le representant de la loi. Mais tandis que je fouille dans un etat proche de la panique, voyant ma vie defiler devant mes yeux, mon sac pour y trouver mon permis, le flic reste impassible. Mon permis en main, il me pose une seconde question "do you have insurance ?". "Mmm, yes, well.. no... it's a rental car !". Deuxieme episode frenetique de farfouillage dans mon sac, que je trouve soudainement plus vaste que le sac-a-main d'une femme, pour finalement mettre la main sur mon contrat de location. Le flic s'en saisit, et retourne vers son vehicule.
Viennent alors 5, 10, 15 minutes, je ne sais plus, de recherche d'apaisement interieur. Allons, je me suis juste fait arreter pour exces de vitesse. C'est rien, hein ? Ouais, mais c'est un flic americain, avec grosse bagnole et tout, et je suis un etranger. Mais attends.. le mec a l'air sympa, non ? Il m'a pas fait de commentaire sur mon accent, il a pas une Ford Interceptor. Il a bien une Ford, mais c'est une Expedition. Il a pas trop fait scintiller ses lumieres, et y a pas eu un seul son de sirene. Ca doit pas etre si grave, non ? Coup d'oeil dans mon retro. Il tapote sur le clavier de l'ordi qui trone a l'emplacement du siege passager de son 4*4. Mince, mais qu'est-ce qu'il fait...
Je sue a grosses gouttes. Je finis par oser refermer ma fenetre pour profiter de la clim (le moteur est toujours en marche), pendant que de sombres nuages viennent peupler mes pensées. Que risque-je ? Gros ? Amende ? Retrait de permis ? Inscription sur mon historique d'assurance ? Voire sur mon historique judiciaire ?
Pendant que j'attends, quelques voitures passent sur la route, et j'imagine leurs conducteurs se moquer bruyamment de moi en beuglant "busteeeeeeeeed !" (qu'on peut traduire par "[tu t'es fait] chopé[er] !"), en m'apercevant, penaud, tassé devant mon volant. En tout cas moi je fais ca quand j'apercois des pauvres heres arretés sur le bord de la route par des flics.
Le flic finit par revenir vers ma voiture, je rouvre la vitre. Il me rend mon permis. Il m'agite devant le nez son carnet de contraventions. "I give you a warning". Je ne comprends pas tout de suite ce qu'il veut dire par la. "I need your signature", ajoute-t-il. Il me fourre un papier devant le nez, que je ne prends meme pas la peine de lire. "Sign here, it means you promise you're going to drive slower". Ahhhh... un warning ! C'est juste un avertissement, pas d'amende, pas de convocation au tribunal, pas de prison. "Thank you !" murmure-je faiblement en apposant mon autographe. L'officier me donne ma petite copie jaune du Written Warning que je fourre dans mon sac sans meme la lire, puis finit la conversation "Do you have any question ?". Non, non, pas de questions, merci bonne journee au-revoir !
Nous repartons chacun dans notre sens. Je roule moins vite que la vitesse a laquelle je me suis fait attraper. De toute facon je ne suis plus tres loin de Springfield et ses 117400 habitants, a une vingtaine de miles au maximum. Chic, visiter un capitole me detendra et me fera un peu oublier cette histoire.